Le thé et moi, c'est une grande histoire d'amour. Mais, comme toute amoureuse, je suis très exigeante : je n'aime ni le thé vert (amer) ni le thé fumé (qui sent le ramoneur) ni le thé nature. Je vais même jusqu'à noyer mon thé sous une grande rasade de lait.
Donc je présume que du point de vue d'un réel amateur de thé, je suis une petite joueuse, puisque ce qui me fait rêver, ce sont le Marco Polo et le Phénix de Mariage Frères, le Jardin de Pierre et l'Envie de Pierre Hermé, l'Amarettini et l'Ambassador Mischung de Demmer, et n'importe quel très bon thé Earl grey ou à la vanille. Pour résumer : j'aime le thé quand il goûte autre chose que le thé.
Selon Wikipédia, "l'utilisation du thé comme boisson serait apparue en l'an 2737 avant notre ère, quand des feuilles se seraient détachées d'un arbre pour tomber dans l'eau chaude que l'Empereur Shen Nung avait fait bouillir pour se désaltérer". (Oui, j'ai définitivement décidé de faire de Mademoiselle Cocotte "le blog culinaire où l'on apprend des choses, et notamment à étaler la culture comme de la confiture". C'est vendeur, non, comme slogan ?)
Maintenant que vous êtes cultivés, nous allons pouvoir nous remettre aux fourneaux. Ces petites crèmes sont aussi rapides à faire qu'à déguster. Je fais souvent une dégustation en aveugle, curieuse de savoir combien de temps mes invités vont mettre pour découvrir l'ingrédient mystère qui fait tout le charme de cette recette. Le goût du thé est en effet très subtil, mais apporte indéniablement une touche d'originalité à cette recette très classique.
Pour 4 personnes :
- 20 cl de lait
- 20 cl de crème fleurette
- 3 œufs
- 70 g de sucre
- 2 cuillers à soupe de thé parfumé (à ce que vous voulez. Le tiercé gagnant est, au choix : vanille, Earl grey, ou jasmin)
Préchauffer le four à th 5-6 (160°). Faire bouillir le lait dans une casserole. A l'ébullition, ajouter le thé, couvrir, éteindre le feu et laisser infuser 5 min. Filtrer le lait, ajouter la crème et réserver au chaud.
Dans un saladier, casser les œufs et fouettez-les avec le sucre. Verser le mélange lait-crème très chaud en filet sans cesser de fouetter. Répartir la préparation dans quatre ramequins et faire cuire dans un bain-marie pendant 35 à 40 min au four.
Vérifier la cuisson des crèmes avec une lame de couteau, les sortir du four et les laisser refroidir avant de les placer 1 h au frais.
(Post cuisinum : pour ceux qui voudraient (re)lire la "mad tea party" d'Alice au pays des merveilles, c'est ici)
lundi 26 novembre 2007
"A mad tea party" : petites crèmes au thé
Cuisiné par
Mademoiselle Coco
à
23:34
0
commis de cuisine jouent aux gâte-sauces
Libellés : Becs sucrés (le dessert), Cotte-cotte-cotte (les oeufs), La cuisine pour les nuls (la recette ultra-facile)
vendredi 16 novembre 2007
"Sagens net immer na bravo !" : le Kaiserschmarrn
Etrange choix, pour inaugurer ce blog culinaire, qu'une recette dont on n'arrive à peine à prononcer le nom sans être agrégé d'allemand. Mais finalement, ce n'est pas forcément une mauvaise idée.
D'une part, cela vous plongera tout de suite dans le bain : j'aime la cuisine allemande et autrichienne. Si vous pensez qu'elle n'est constituée que de chou et de saucisse, vous vous trompez, et je me ferai un grand plaisir de vous le démontrer en douceur. Faites moi confiance, tout va bien se passer.
D'autre part, le Kaiserschmarrn - la "crêpe de l'Empereur" - est un met chargé d'histoire et de nostalgie pour moi. Parce que l'Empereur en question est François Ier, le mari de Sissi. Et que Sissi, c'est surtout Sissi le film, Romy Schneider et cet inoubliable triptyque qui revient chaque année durant les vacances de Noël faire rêver toutes les petites filles. Sissi, ce sont des scènes de valse d'anthologie, et des répliques qui me font toujours mourir de rire : "Josef, sagens net immer na bravo !" dit la méchante belle-mère. "Na bravo !" répond le merveilleux beau-père qui fait semblant d'être sourd pour ne plus être emmerdé par sa femme (une solution somme toute raisonnable pour faire perdurer la paix des ménages).
Le Kaiserschmarrn est donc un plat autrichien, du genre plus autrichien tu meurs. Et forcément, cela me rappelle mon année à Vienne. Pourtant, c'est en Allemagne que je l'ai découvert, grâce à la grand-mère de mon amie de Heidelberg. Un vieux reste de l'époque d'avant 1945, où 12 millions d'Allemands vivaient en dehors des frontières actuelles de leur pays, les Heimatvertriebene. Sa grand-mère, avant de rejoindre l'Allemagne de l'Ouest plus ou moins volontairement, venait des Sudètes, et cette partie de ce qui était alors la Tchécoslovaquie avait longtemps été baignée de l'influence austro-hongroise, d'où le Kaiserschmarrn. Comme quoi, tout se tient, et la cuisine peut être une source inépuisable de découvertes historiques et culturelles.
Pour finir, le Kaiserschmarrn me rappelle inévitablement ce dîner mémorable avec mon ex-beau-frère, qui avait, entre autres délicieusetés lancées en public, affirmé que "ok, c'était bon, mais de là à dire que c'était délicieux, il irait pas jusque là". Mais comme il est le seul à être de cet avis, on ne le prendra pas en compte.
Maintenant que vous avez compris que ce blog donne autant de recettes qu'il raconte ma vie (bavarde je suis, bavarde je reste), je vais laisser la place à la star du jour.
Les Autrichiens font parfois du Kaiserschmarrn un plat principal - nous aurons l'occasion de revenir sur cette merveilleuse habitude germanique de faire d'un dessert un plat principal pour le déjeuner, ce qui ravit les becs sucrés comme moi. Je trouve quant à moi qu'il se révèle parfait pour un brunch dominical ou un goûter robuste.
Voici donc la recette 100% version originale de la grand-mère de mon amie.
Pour deux personnes, en plat de brunch :
- 3 oeufs
- 1 pincée de sel
- 12,5 centilitres de lait
- 75 grammes de farine
- 40 grammes de sucre
- un trait de vanille liquide
- 25 grammes de beurre
- raisins secs (plus ou moins selon le goût)
- sucre en poudre
Commencer par séparer les blancs des jaunes, et les monter en neige avec la pincée de sel.
Dans un saladier, mélanger au fouet les jaunes d'oeufs, le sucre, le lait, la farine et la vanille. Ajouter petit à petit les blancs en neige, sans chercher à les assimiler parfaitement à la pâte, il peut rester quelques petits morceaux de blancs dans la préparation.
Faire chauffer doucement une grande poêle (feu doux-moyen) et y mettre le beurre à fondre. Verser la pâte en crêpe épaisse et saupoudrer de raisins secs, plus ou moins selon vos goûts. Lorsque la pâte commence à cuire sur un côté, couper la crêpe en morceaux d'1 cm sur 3 environ, et faire dorer ces morceaux sur tous les côtés. Hors du feu, saupoudrer de sucre glace.
Le Kaiserschmarrn est en général servi avec une bonne cuillère de compote de pomme (Apfelmus), de quetsche (Zwetschkenröster) ou d'abricot (Marillenröster).
Au passage, remarquez la richesse sémantique de la langue autrichienne : le Röster est l'équivalent allemand de la Kompott, qui n'est pas du tout comme la Mus. L'Apfelmus est une compote de pommes sans morceaux, tandis que la Kompott ou le Röster sont juste des fruits cuits dans un peu d'eau et du sucre, mais qui n'ont pas été passés au presse-légumes.
Si vous êtes fins germanistes, vous aurez également remarqué que les Pflaumen (les prunes) ont été remplacés par des Zwetschken ou Zwetschgen, et les Aprikosen (les abricots) ont cédé la place à des Marillen. Une prochaine fois, je vous parlerai des Erdäpfel et des Paradeiser. Fin de la leçon d'autrichien.
