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samedi 19 juillet 2008

"My fat greek dinner, le retour" : ραβανί (ravani)

Chose promise, chose due. Après la première partie du dîner grec ici, le ravani pour finir. Je sais, vous trépignez, vous n'en pouvez plus, ce sont vos recherches Google qui me le disent...

Le ravani est un gâteau de semoule imbibé de sirop, que l'on retrouve partout autour de la Méditerranée, sous divers noms : revani en Turquie, basboussa dans les pays maghrébins, ma'mounia en Egypte.

Un jour d'audace culinaire, j'ai commandé ce dessert sans avoir la moindre idée de ce qui m'attendait. Très vite, le goût subtil des zestes d'agrume et de la fleur d'oranger m'ont - sans surprise - conquise. Ce qui a l'air d'un gâteau un peu étouffe-chrétien au premier abord est finalement léger et frais. Etant donné que le gâteau est d'abord cuit puis arrosé de sirop, il est encore meilleur s'il est fait la veille ou l'avant-veille.

Pour 8 personnes

Pour le gâteau
- 4 oeufs
- 2 oranges
- 2 citrons
- 100 g de semoule fine
- 100 g d'amandes en poudre
- 40 g de farine
- 1/2 paquet de levure
- 75 g de sucre

Pour le sirop
- 400 ml d'eau
- 100 g de sucre
- 75 g de miel
- 5 cs d'eau de fleur d'oranger

Préchauffer le four à 200°.

Zester les oranges et les citrons puis prélever leur jus. En arroser la semoule et laisser reposer une vingtaine de minutes pour faire gonfler la semoule.

Pendant ce temps, battre les oeufs avec le sucre, la poudre d'amandes et la farine. Ajouter la semoule avec le jus des agrumes, les zestes puis la levure.

Verser dans un moule rectangulaire beurré et enfourner pour... aïe... je ne me rappelle plus. J'ai fait cette recette il y a déjà un bout de temps, et je n'ai plus aucun souvenir du temps de cuisson. Disons entre 30 mn et 1 h. Le gâteau est cuit quand la croûte est bien dorée-presque-brune, quand le gâteau est gonflé et quand - originalité quand tu nous tiens - la lame d'un couteau ressort sèche du centre.

Pendant la cuisson du gâteau, préparer le sirop en faisant cuire l'eau, le sucre et le miel dans une casserole à feu moyen jusqu'à ce que le sirop épaississe un peu (un quart d'heure environ).

Laisser refroidir le sirop et le gâteau à température ambiante. Arroser en 3 ou 4 fois l'ensemble du gâteau, et mettre au frais pour une journée au moins.

Le ravani se sert traditionnellement coupé en losanges (comme sur la photo là haut, tellement belle que vous vous doutez bien que ce n'est pas moi qui l'ai faite. Je l'ai éhontément volée ici). Servi avec un peu de yaourt grec très frais, non sucré, et parsemé de quelques pistaches moulues, et c'est le bonheur...

samedi 10 mai 2008

"Ma petite robe blanche" : trifle au limoncello et aux framboises

J'ai récupéré de ma soeur le livre Ma petite robe noire de Trish Deseine il y a quelques semaines. En lisant les recettes, j'ai compris pourquoi il ne lui avait pas plu. Le feuilleter avait dû lui faire le même effet qu'à moi, lorsqu'on m'avait offert Julie cuisine en quelques minutes de Julie Andrieu, sommet de la gastronomie, qui explique comment faire un club sandwich, un oeuf sur le plat au micro-onde ou un croque-monsieur au fer à repasser. La petite robe noire est aussi peu le style culinaire de ma soeur que la cuisine en quelques minutes le mien.

J'y ai en revanche trouvé pas mal de petites recettes de Trish Deseine qui me plaisent bien. Je ne les ferai pas toutes, c'est certain. Je trouve légèrement abusif de considérer comme une "recette" l'idée de mettre une cuiller de crème fraîche et un peu de caviar sur une tranche de brioche, mais heureusement, tout n'est pas de cet acabit.

Pour un premier ballon d'essai, j'ai jeté mon dévolu sur un trifle au limoncello et aux myrtilles. J'avais depuis longtemps envie d'essayer cette fameuse version british du tiramisu, et l'appel du limoncello été irrésistible (mais siiii, j'en ai déjà parlé ici).

Problème : impossible de trouver des myrtilles, que j'ai allègrement remplacées par des framboises. Et c'était juste ce qu'il fallait, avec quelques ajouts par rapport à la recette originale : la chantilly est sucrée et aromatisée, et les fruits sont crus.

Même mon père, la personne la plus exigeante que je connaisse en matière culinaire (il a raté sa vocation de critique gastronomique, rien ne lui échappe), a trouvé que c'était "très agréable". Autant vous dire que ça frise la perfection dans son langage à lui. Donc j'ai décidé que ce dessert deviendrait ma petite robe blanche, bien plus adaptée au grand été que m'inspire ce trifle que la robe noire.


Pour 4 personnes :

- 4 gros biscuits à la cuiller
- 25 + 5 cl de limoncello
- 200 g de framboises
- 1 cs de sucre en poudre
- 50 g de sucre glace
- 25 cl de crème fleurette très froide
- 1 sachet de zeste de citron râpé Dr Oetker (ou le zeste d'un citron si vous n'avez pas la chance d'habiter dans un endroit correctement fourni en produits Dr Oetker)
- 1 cs de graines de pavot noir

Tremper les biscuits à la cuiller dans les 25 cl de limoncello et placer au fond d'un plat ou de verrines individuelles. Répartir les framboises et saupoudrer de sucre en poudre.

Monter la crème en chantilly, ajouter le sucre glace, le zeste de citron et le reste de limoncello.

Répartir la crème sur les framboises et mettre au frigo pour au moins 2 heures. Servir très frais, parsemé des graines de pavot.

jeudi 21 février 2008

"Quand la Belle province rencontre le Bel paese" : panna cotta au sirop d'érable

Que faire lorsqu'un peu de sirop d'érable nous nargue ostensiblement dans le frigo alors qu'il n'y a plus de crêpes pour justifier qu'il soit dégusté ? J'aurais pu l'engloutir pur à la petite cuiller, ce n'est pas genre de choses qui m'effraient. Mais j'avais envie d'être constructive cet après-midi. Oui, constructive, parfaitement.

J'ai cherché un recette de panna cotta au sirop d'érable, sans succès. Je n'ai trouvé que des recettes accompagnant la traditionnelle panna cotta de coulis au sirop d'érable. Sans doute pas mauvais, mais pas ce que je cherchais.

J'ai donc repris ma base, la recette de la Cuiller d'argent, en remplaçant tout simplement le sucre par du sirop d'érable (ce qui m'a permis de découvrir qu'il existait du sucre d'érable, ce qui doit être pas mal du tout).

Au final, je ne suis pas certaine que l'on puisse encore appeler ça une panna cotta tant les règles de l'art sont bafouées, mais c'est bon. Disons que c'est une panna cotta très "Petite Italie" (clique pour la minute culturelle).


Pour 6 ramequins :

- 50 cl de crème liquide légère
- 10 cl de sirop d'érable
- 5 feuilles de gélatine

Faire ramollir la gélatine dans de l'eau froide.

Faire tiédir la crème et le sirop d'érable. Délayer la gélatine.

Mettre au frais pour 4 heures au moins.

vendredi 15 février 2008

"Le Père Noël exotique" : mangue rôtie à la vanille et écume de coco

Bien que je ne croie plus au Père Noël depuis longtemps, celui-ci continue pourtant à me gâter chaque année. Il faut dire que je suis toujours d'une sagesse remarquable. La dernière fois qu'il est descendu du ciel, il m'a apporté un siphon, outil révolutionnaire et aussi superflu que nécessaire. A vrai dire, j'essayais depuis des mois de me convaincre que je n'avais pas besoin d'un enième nouveau truc pour cuisiner. Mais comme on ne peut mentir ni au Père Noël, ni à Dieu, j'ai eu la surprise d'en revevoir un le 25 décembre au matin. La vie est bien faite, et le Père Noël est quand même vachement doué, pour quelqu'un qui n'existe pas.

Depuis, je n'ai pas cuisiné une seule fois en raison d'un programme de révision plus que chargé. Hier soir, il fallait pourtant que je trouve une façon de clore légèrement ma soirée de Saint Valentin ultra-romantique "raclette entre copines". Le hasard faisant une fois de plus bien les choses, je suis tombée le matin même sur cette recette très tentante du blog B comme Bon, qui est en réalité aussi Beau que Bon (et qui, si vous suivez bien, devrait s'appeler B comme Bon comme Beau). Problème : je ne peux décemment pas servir un dessert à la banane à une anti-banane notoire. Et je n'ai pas de sirop de banane verte. J'ai rapidement modifié la recette, et ça donne ce qui suit, avalé en moins de deux après une bonne raclette.



Pour 4 personnes

- 1 mangue bien mûre
- 10 g de beurre doux
- 2 cuillers à café de cassonade
- 1 gousse de vanille
- 25 g de sucre
- 250 ml de lait de coco
- 1 feuille de gélatine
- 1 citron vert

Au moins deux heures avant de servir, placer le siphon vide au frigo. Ramollir la gélatine dans de l'eau froide. Faire tiédir le lait de coco avec les 25 g de sucre. Délayer la gélatine dans le lait de coco tiède. Vérifier que le sucre ait bien fondu dans le lait. Laisser refroidir puis verser dans le siphon, ajouter la cartouche de gaz et mettre au frigo à l'horizontal jusqu'au moment de servir.

Couper la mangue en gros dés. Faire revenir dans le beurre en saupoudrant avec la cassonade. Ouvrir la gousse de vanille en deux, gratter les graines avec la pointe d'un couteau et les ajouter aux morceaux de mangue. Faire caraméliser en remuant doucement pour ne pas écraser la mangue.

Pendant ce tempxs, prélever le zeste du citron vert, et le presser.

Répartir les mangues dans 4 verres et laisser refroidir à température ambiante. Ajouter un trait de citron vert sur les mangues.

Juste avant de servir, remplir les verres d'écume de coco jusqu'en haut. Décorer avec les zestes de citron vert et servir tout ce suite.


Pour une version encore plus rapide, remplacer :
- la mangue fraîche par de la mangue en conserve au sirop léger (250 g de fruit sans sirop environ)
- la vanille par deux sachets de sucre vanillé (et faire caraméliser sans sucre supplémentaire alors) ou un trait d'extrait de vanille
- et le citron vert par ces merveilleux petits flacons en plastique de citron vert déjà pressé.

mardi 11 décembre 2007

"Je ne suis pas une fille pour rien" : Petites crèmes au Baileys

C'est bien connu, les filles aiment le chocolat et le vin blanc doux (de préférence avec des pétales de rose sur la bouteille, ça marche encore mieux). Elles aiment la crème de marron et les sushis. Elles aiment les framboises et le Baileys. Voilà, je suis une vraie fille donc j'aime tout ça. Je vais même jusqu'à infliger ce traitement dévirilisant aux hommes dînant chez moi (qui n'osent jamais trop s'en plaindre). Certes, j'aime aussi le camembert, mais pas trop le saucisson, ce qui doit sauver ma féminité - au moins à table.

Le thème du jour sera donc le Baileys, la liqueur "aux parfums de crème et de café, et des arômes d'amande et de noisette avec un goût doux et sucré", qui est par ailleurs ma dernière lubie culinaire. Je crois que j'ai une personnalité de monomaniaque en cuisine : je me toque du jour au lendemain d'un truc, autour duquel tout tourne ensuite pour une période plus ou moins longue. Le sucré-salé et les tartares depuis plusieurs années, le lait de coco et la coriandre depuis plusieurs mois, et maintenant, le Baileys.

Voici la minute culturelle sponsorisée par Wikipédia : plus de 4 millions de litres de crème sont utilisés chaque année pour produire le Baileys en Irlande, ce qui correspond à 4,3% de l'ensemble de la production laitière irlandaise. Ben ça alors...

Bon, donc depuis que je veux moi aussi goûter à la crème (alcoolisée) des verts pâturages irlandais, je me suis mise à la recherche de recettes qui me permettraient de laisser libre-cours à ma toute nouvelle Baileysomanie.

Je suis d'abord tombée sur les très alléchantes mousses au Baileys du non moins alléchant blog Beau à la louche de Loukoum (qui a exactement la même opinion que moi sur la girlytude du Baileys et des sushis, au passage. C'est bien qu'on doit avoir raison). En l'asbsence de siphon dans ma besace magique, j'avais fait une tentative très peu concluante, qui s'approchait plus de la soupe au Baileys qu'à une mousse onctueuse. Il faudra que je réessaie bien différemment.

Après ce premier ratage magistral, j'ai gardé espoir, et décidé de me lancer dans les Panna cotta au Baileys de Bernie. Je prenais dès lors moins de risque, en voyant que la recette était proche de ma recette de base de panna cotta. Je n'ai que très légèrement modifié la recette, principalement pour augmenter sensiblement la quantité de liqueur ("attention, boire, c'est mal, mais qu'est-ce que c'est bon...") et de gélatine :


Pour 6 petites coupes :

- 50 cl de crème légère (pas pour la ligne, juste pour éviter que ça ne soit trop lourd)
- 70g de sucre en poudre
- 15 cl de Bailey's
- 5 feuilles de gélatine

Mettre à tremper les feuilles de gélatine dans de l'eau froide.

Faire chauffer dans une casserole la crème liquide et le sucre jusqu'à ce que le mélange soit chaud mais pas bouillant.

Ajouter une à une les feuilles de gélatine essorée en remuant pour qu'elles fondent dans la crème, puis le Baileys.

Verser dans des petits pots ou des coupes. Laisser refroidir et mettre au réfrigérateur pour au moins 12 heures.

lundi 26 novembre 2007

"A mad tea party" : petites crèmes au thé

Le thé et moi, c'est une grande histoire d'amour. Mais, comme toute amoureuse, je suis très exigeante : je n'aime ni le thé vert (amer) ni le thé fumé (qui sent le ramoneur) ni le thé nature. Je vais même jusqu'à noyer mon thé sous une grande rasade de lait.

Donc je présume que du point de vue d'un réel amateur de thé, je suis une petite joueuse, puisque ce qui me fait rêver, ce sont le Marco Polo et le Phénix de Mariage Frères, le Jardin de Pierre et l'Envie de Pierre Hermé, l'Amarettini et l'Ambassador Mischung de Demmer, et n'importe quel très bon thé Earl grey ou à la vanille. Pour résumer : j'aime le thé quand il goûte autre chose que le thé.

Selon Wikipédia, "l'utilisation du thé comme boisson serait apparue en l'an 2737 avant notre ère, quand des feuilles se seraient détachées d'un arbre pour tomber dans l'eau chaude que l'Empereur Shen Nung avait fait bouillir pour se désaltérer". (Oui, j'ai définitivement décidé de faire de Mademoiselle Cocotte "le blog culinaire où l'on apprend des choses, et notamment à étaler la culture comme de la confiture". C'est vendeur, non, comme slogan ?)

Maintenant que vous êtes cultivés, nous allons pouvoir nous remettre aux fourneaux. Ces petites crèmes sont aussi rapides à faire qu'à déguster. Je fais souvent une dégustation en aveugle, curieuse de savoir combien de temps mes invités vont mettre pour découvrir l'ingrédient mystère qui fait tout le charme de cette recette. Le goût du thé est en effet très subtil, mais apporte indéniablement une touche d'originalité à cette recette très classique.


Pour 4 personnes :

- 20 cl de lait
- 20 cl de crème fleurette
- 3 œufs
- 70 g de sucre
- 2 cuillers à soupe de thé parfumé (à ce que vous voulez. Le tiercé gagnant est, au choix : vanille, Earl grey, ou jasmin)

Préchauffer le four à th 5-6 (160°). Faire bouillir le lait dans une casserole. A l'ébullition, ajouter le thé, couvrir, éteindre le feu et laisser infuser 5 min. Filtrer le lait, ajouter la crème et réserver au chaud.

Dans un saladier, casser les œufs et fouettez-les avec le sucre. Verser le mélange lait-crème très chaud en filet sans cesser de fouetter. Répartir la préparation dans quatre ramequins et faire cuire dans un bain-marie pendant 35 à 40 min au four.

Vérifier la cuisson des crèmes avec une lame de couteau, les sortir du four et les laisser refroidir avant de les placer 1 h au frais.


(Post cuisinum : pour ceux qui voudraient (re)lire la "mad tea party" d'Alice au pays des merveilles, c'est ici)

"Les Anglais font aussi de bonnes choses" : le crumble aux pommes épicées et aux noix de pécan

Lorsque j'étais petite, j'étais malade environ 3 jours par semaine, selon les statistiques officielles de l'INSEE, ce qui me permettait de rester à la maison et de traîner dans les jupes de ma maman. Comme ma maman était souvent dans la cuisine, j'y ai - par la force des choses - passé pas mal de temps également, pour mon plus grand plaisir.

Évidemment, je l'aidais d'une main assurée. Le "gâte-sauce", que j'ai recasé pour décrire les heureux commentateurs de ce blog, vient de là : j'ai été un gâte-sauce de premier ordre. Et aujourd'hui encore, lorsque je pénètre dans la cuisine familiale, je ne peux m'empêcher de tourner un coup à droite et un coup à gauche, persuadée que cette petite touche garantira le succès de la recette, comme autrefois.

De temps en temps, j'étais la cuisinière en chef, et ma maman était mon second. Je me suis ainsi constituée un répertoire gastronomique typique de l'enfance, au sommet duquel se trouvait la périlleuse pâte à crêpes. Je lisais avidement mon livre de recettes pour enfant, mais finissais toujours par utiliser les restes de pâte feuilletée pour faire une immonde tarte au Banania et à la banane (avec parfois de la crème fraîche quand c'était Byzance), que tout le monde mangeait en faisait très bien semblant de se délecter. Je n'ai appris que très tardivement que ce must have n'était pas vraiment un must eat, et qu'ils avaient mal au coeur rien que d'y repenser. J'aime faire le bonheur des autres, c'est une seconde nature chez moi...

Tout ça pour dire que dans ce merveilleux livre de recettes figurait également celle du crumble aux pommes, qui - l'âge aidant - a remplacé la tarte au Banania dans le hit machine de mes recettes sucrées. Je l'ai essayée avec de nombreux fruits (mais décidément, rien ne vaut les pommes) et rendue petit à petit plus originale.

Pour la culture, puisqu'il est désormais clair que ce blog culinaire est également à haute teneur en gargarismes intellectualistes, sachez que le crumble a fait son apparition au Royaume-Uni lors de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le rationnement empêchait les mères de famille aimantes de préparer aux leurs de délicieuses et traditionnelles tartes aux fruits. Les miettes qui recouvrent les fruits permettent d'utiliser moins de beurre, de farine et de sucre qu'un fond de tarte. Comme quoi, la guerre peut en effet être sublime. Apollinaire s'extasiait sur les fusées qui illuminaient le ciel, je leur préfère les pâtisseries...


Pour 6 personnes, en dessert :

- 6 pommes
- le jus d'une orange (en cas de flemmardise aiguë, un verre de jus d'orange fait très bien l'affaire)
- 1 bonne cuiller à café de cannelle
- 1 bonne cuiller à café de 5 épices ou de mélange à pain d'épices (plus si vous aimez !)
- 1 trait d'extrait de vanille
- 30 grammes + 30 grammes (et oui, ça fait bien 60 grammes !) de sucre roux
- 100 grammes de farine
- 45 grammes de beurre
- 1 grosse poignée de noix de pécan coupées en morceaux
- 1 pincée de sel

Mettre le four à préchauffer à 200°.

Eplucher et couper les pommes en huitièmes. Les mettre à cuire doucement avec le jus d'orange, 30 grammes de sucre, les épices et la vanille, jusqu'à ce qu'elles soient bien caramélisées. Mettre les pommes dans le fond d'un plat allant au four.

Préparer les miettes en frottant la farine, les 30 grammes de sucre, le beurre, les noix et la pincée de sel. Répartir sur les fruits et enfourner pour 20 à 25 minutes, jusqu'à ce que le dessus soit doré. Servir tiède.


Il paraît qu'une boule de glace à la vanille ou une crème fouettée complète délicieusement ce dessert. Je trouve qu'il se suffit à lui-même, et que la glace fondue ne fait que ramollir les miettes. Cet avis est cependant éminemment subjectif, et je ne tiens pas à vous retenir de céder à cette tentation si jamais elle vous assaille.

vendredi 23 novembre 2007

"Elle ne manque pas de souffle celle-là" : la mousse glacée au limoncello

Il y a une dizaine d'années, j'ai découvert la Campanie, la Côte amalfitaine, Sorrente et le limoncello (vous avez vu un peu comme je sais aller du général au particulier et du moins important au plus important ?!).

J'ai été fascinée par cette région de l'Italie : les couleurs incroyables, les paysages divins, les odeurs de fleurs de citronnier et d'oranger qui envahissaient l'air le soir, les ruelles crasseuses mais pleines de charme de Naples, les ruines antiques, tout m'a plu. Je ne peux pas regarder Le talentueux Monsieur Ripley sans un pincement au coeur pour cette simple raison (et aussi un peu pour Jude Law).

Outre ces aspects culturels fascinants, la région de Sorrente recèle une autre spécialité, le limoncello, un alcool élaboré à partir des écorces des énormes citrons qui poussent partout sur les hauteurs de la côte amalfitaine. En tant que digestif, c'est divin. Et dans les desserts, ça l'est tout autant.

Cette mousse, qui doit être préparée à l'avance, est parfaite pour l'été, servie très fraîche. Je crois qu'elle n'a d'italien que le limoncello, mais je la range malgré tout dans cette catégorie, tant le goût du Limoncello me rappelle toujours ces si belles vacances.


Pour 6 personnes :

- 250 grammes de faisselle
- 3 feuilles de gélatine
- 1 citron (zestes et jus)
- 20 grammes + 100 grammes de sucre
- 20 cl de limoncello
- 2 oeufs (jaunes et blancs séparés)
- 15 cl de crème liquide

Laisser égoutter 1 heure la faisselle.

Zester le citron, et mélanger les zestes avec 20 grammes de sucre pour les cristalliser. Réserver pour la décoration.

Faire ramollir la gélatine dans de l'eau froide. Mettre le jus de citron à tiédir, puis y incorporer hors du feu les feuilles de gélatine et le limoncello.

Fouetter les 2 jaunes d'oeufs avec les 100 grammes de sucre restants, puis la faisselle et le jus de citron au limoncello.

Monter en chantilly la crème liquide, l'incorporer délicatement au mélange. Faire de même avec les blancs en neige.

Répartir dans 6 petits verres, couvrir de film transparent et mettre au réfrigérateur pour au moins 4 heures. Pour qu'elles soient encore plus fraîches, mettre au freezer un quart d'heure avant de les servir en parsemant des zestes sucrés.

vendredi 16 novembre 2007

"Sagens net immer na bravo !" : le Kaiserschmarrn

Etrange choix, pour inaugurer ce blog culinaire, qu'une recette dont on n'arrive à peine à prononcer le nom sans être agrégé d'allemand. Mais finalement, ce n'est pas forcément une mauvaise idée.

D'une part, cela vous plongera tout de suite dans le bain : j'aime la cuisine allemande et autrichienne. Si vous pensez qu'elle n'est constituée que de chou et de saucisse, vous vous trompez, et je me ferai un grand plaisir de vous le démontrer en douceur. Faites moi confiance, tout va bien se passer.

D'autre part, le Kaiserschmarrn - la "crêpe de l'Empereur" - est un met chargé d'histoire et de nostalgie pour moi. Parce que l'Empereur en question est François Ier, le mari de Sissi. Et que Sissi, c'est surtout Sissi le film, Romy Schneider et cet inoubliable triptyque qui revient chaque année durant les vacances de Noël faire rêver toutes les petites filles. Sissi, ce sont des scènes de valse d'anthologie, et des répliques qui me font toujours mourir de rire : "Josef, sagens net immer na bravo !" dit la méchante belle-mère. "Na bravo !" répond le merveilleux beau-père qui fait semblant d'être sourd pour ne plus être emmerdé par sa femme (une solution somme toute raisonnable pour faire perdurer la paix des ménages).

Le Kaiserschmarrn est donc un plat autrichien, du genre plus autrichien tu meurs. Et forcément, cela me rappelle mon année à Vienne. Pourtant, c'est en Allemagne que je l'ai découvert, grâce à la grand-mère de mon amie de Heidelberg. Un vieux reste de l'époque d'avant 1945, où 12 millions d'Allemands vivaient en dehors des frontières actuelles de leur pays, les Heimatvertriebene. Sa grand-mère, avant de rejoindre l'Allemagne de l'Ouest plus ou moins volontairement, venait des Sudètes, et cette partie de ce qui était alors la Tchécoslovaquie avait longtemps été baignée de l'influence austro-hongroise, d'où le Kaiserschmarrn. Comme quoi, tout se tient, et la cuisine peut être une source inépuisable de découvertes historiques et culturelles.

Pour finir, le Kaiserschmarrn me rappelle inévitablement ce dîner mémorable avec mon ex-beau-frère, qui avait, entre autres délicieusetés lancées en public, affirmé que "ok, c'était bon, mais de là à dire que c'était délicieux, il irait pas jusque là". Mais comme il est le seul à être de cet avis, on ne le prendra pas en compte.

Maintenant que vous avez compris que ce blog donne autant de recettes qu'il raconte ma vie (bavarde je suis, bavarde je reste), je vais laisser la place à la star du jour.


Les Autrichiens font parfois du Kaiserschmarrn un plat principal - nous aurons l'occasion de revenir sur cette merveilleuse habitude germanique de faire d'un dessert un plat principal pour le déjeuner, ce qui ravit les becs sucrés comme moi. Je trouve quant à moi qu'il se révèle parfait pour un brunch dominical ou un goûter robuste.

Voici donc la recette 100% version originale de la grand-mère de mon amie.

Pour deux personnes, en plat de brunch :

- 3 oeufs
- 1 pincée de sel
- 12,5 centilitres de lait
- 75 grammes de farine
- 40 grammes de sucre
- un trait de vanille liquide
- 25 grammes de beurre
- raisins secs (plus ou moins selon le goût)
- sucre en poudre

Commencer par séparer les blancs des jaunes, et les monter en neige avec la pincée de sel.

Dans un saladier, mélanger au fouet les jaunes d'oeufs, le sucre, le lait, la farine et la vanille. Ajouter petit à petit les blancs en neige, sans chercher à les assimiler parfaitement à la pâte, il peut rester quelques petits morceaux de blancs dans la préparation.

Faire chauffer doucement une grande poêle (feu doux-moyen) et y mettre le beurre à fondre. Verser la pâte en crêpe épaisse et saupoudrer de raisins secs, plus ou moins selon vos goûts. Lorsque la pâte commence à cuire sur un côté, couper la crêpe en morceaux d'1 cm sur 3 environ, et faire dorer ces morceaux sur tous les côtés. Hors du feu, saupoudrer de sucre glace.

Le Kaiserschmarrn est en général servi avec une bonne cuillère de compote de pomme (Apfelmus), de quetsche (Zwetschkenröster) ou d'abricot (Marillenröster).

Au passage, remarquez la richesse sémantique de la langue autrichienne : le Röster est l'équivalent allemand de la Kompott, qui n'est pas du tout comme la Mus. L'Apfelmus est une compote de pommes sans morceaux, tandis que la Kompott ou le Röster sont juste des fruits cuits dans un peu d'eau et du sucre, mais qui n'ont pas été passés au presse-légumes.

Si vous êtes fins germanistes, vous aurez également remarqué que les Pflaumen (les prunes) ont été remplacés par des Zwetschken ou Zwetschgen, et les Aprikosen (les abricots) ont cédé la place à des Marillen. Une prochaine fois, je vous parlerai des Erdäpfel et des Paradeiser. Fin de la leçon d'autrichien.